| L’ŒIL A LU |
Pour sauver la planète, sortez du capitalisme.
Hervé Kempf (Editions Seuil)
Après un règne de deux cents ans, le capitalisme s'est métamorphosé et est aujourd’hui entré dans une phase mortifère, générant simultanément une crise économique majeure et une crise écologique d'ampleur historique qui menace les équilibres planétaires. Un autre monde est possible, il est indispensable, il est à notre portée, affirme l’auteur. Pour sauver la planète, il nous faut sortir rapidement du capitalisme pour reconstruire une société où l’économie n'est plus reine mais outil, où la coopération l'emporte sur la compétition et où le bien commun prévaut sur le profit. “Le moment est venu de sortir du capitalisme en plaçant l’urgence écologique et la justice sociale au coeur du projet politique”. Dans un récit original, Hervé Kempf explique comment le capitalisme a changé de régime depuis les années 1980 au point de ne plus être, désormais, au service de l’entreprenariat mais dominé par la spéculation, et d’avoir réussi à imposer un modèle individualiste de comportement qui marginalise les logiques collectives. L’auteur dissocie le capitalisme de l’économie de marché, un héritage humain dont il reconnaît l’efficacité. Pour lui, sortir du capitalisme, “c’est reconnaître aux personnes d’autres motivations pour agir que leur intérêt propre, c’est aussi ôter à l’économie sa place exclusive dans la société pour placer au centre de la représentation l’organisation des relations humaines en vue de leur harmonie”. Le mouvement coopératif et l’économie sociale seront ainsi amenés à occuper une place centrale, souligne l’auteur en citant le Mouvement Desjardins au Québec (premier groupe financier coopératif au Canada, animé par des valeurs d'équité, de solidarité et de responsabilité sociale) qui cumule des actifs en milliards de dollars. Il nous faut aussi, continue-t-il, rompre avec l’illusion selon laquelle la technologie pourrait permettre de surmonter la difficulté. “Jusqu’à présent, rien ne justifie ce pari : notre machine économique reste massivement destructrice de la biosphère et ce ne sont pas les promesses du nucléaire ou des OGM qui vont régler des problèmes qu’ils sont plutôt susceptibles d’aggraver”. L’avenir n’est pas dans la technologie, mais dans un nouvel agencement des relations sociales : reconstruire une économie de marché qui fonctionne au service des humains et ne plus poursuivre la transformation des humains et de l'environnement au service du capitalisme. Le plus rapidement possible.
Journaliste au Monde, Hervé Kempf avait précédemment rencontré un succès planétaire avec son essai Comment les riches détruisent la planète.